Analyses

Coopérer au développement, oui, mais comment ? Analyse de Jacques Liesenborghs

Publié le 21 février 2018 dans Analyses

Cela fait des années – au siècle dernier ! – que les pays riches ont fixé l’objectif : consacrer 0,7 % de leur richesse à la coopération au développement. À une ou deux exceptions près, ils en sont très loin. Au moment où la Belgique recentre sa politique d’aide au développement, voyons quelles sont les coupes sombres qui s’opèrent et la stratégie développée par notre gouvernement.

Allons à la découverte d’une réalité multiforme et peu connue. Première distinction à opérer : l’aide humanitaire d’urgence et la coopération, ce n’est pas la même chose. Les appels à intervenir d’urgence pour venir en aide aux victimes des grandes catastrophes (ouragans, inondations, incendies, exodes massifs…), tout le monde connaît. Les grandes organisations savent comment s’y prendre pour émouvoir à partir de mailings envoyés en quantité et qui touchent une grande partie de notre population. Un large public est sensible à ces tragédies et répond généreusement à ces appels ponctuels et, vu l’état de la planète, de plus en plus fréquents. Aujourd’hui, les réseaux sociaux s’en mêlent et certains surfent sur les malheurs des gens.
Le développement des pays pauvres (on disait le Tiers-Monde), c’est autre chose. Ce sont des actions de longue durée pour soutenir l’émergence, la mise en place et le développement de projets qui doivent assurer aux populations pauvres des conditions de vie décentes et des perspectives d’avenir. Alors se pose concrètement une question délicate : quel modèle de développement ? Développement d’un secteur privé et de grosses entreprises sur le modèle occidental dominant ? Appui à des projets plus modestes privilégiant les populations les plus pauvres ? Ou encore un mélange des deux pour satisfaire toutes les sensibilités ?
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A travail égal, salaire égal. Oui mais encore… analyse de Corentin de Favereau

Publié le 4 février 2018 dans Analyses

Décidément, Hollywood est bien plus prompte à donner des leçons de morale dans ses films qu’à se les appliquer à elle-même. Alors que l’affaire Weinstein joue les prolongations dans une contre-réaction défendant la liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle, une nouvelle affaire vient démontrer que ce que doit subir la gent féminine dans l’industrie américaine du cinéma dépasse le seul domaine de la sexualité.
S’il ne faut pas être grand clerc pour se douter que les actrices sont moins rémunérées que leurs homologues masculins, le dernier film du célèbre réalisateur Ridley Scott vient d’en montrer l’ahurissante ampleur.  Si Tout l’argent du monde s’est distingué par sa qualité exceptionnelle, il s’est aussi fait connaître pour l’outrageuse différence de rémunération réservée à ses acteurs. L’actrice-phare du film, Michelle Williams, aurait en effet reçu un cachet 100 fois moindre que Mark Wahlberg à qui elle donne la réplique.
Dès lors, cet écart (ce gouffre ?) salarial, sera-t-il à même d’élever les consciences ? Si l’affaire Weinstein a permis aux victimes de l’ensemble de la société d’oser témoigner, en sera-t-il de même pour ce dernier scandale ? Les excès d’Hollywood permettront-ils de renverser les modes de conduite et de dénoncer l’écart salarial injuste dont sont victimes les femmes à travers le monde ?
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L’argent, agent de compromission médiatique ? Analyse de Corentin de Favereau

Publié le 25 janvier 2018 dans Analyses

Lors de nos journées  » Sens-Vie et Foi  » de février 2017, Martin Desseilles, médecin et professeur de psychologie à l’Université de Namur, constatait que nos médias étaient entrés  » dans l’ère de l’immédiateté et de l’étalage des réactions primaires « . Ce dernier ajoutait en outre que si  » les journalistes sont coupables, les citoyens le sont également » Car, in fine, nous avons « les médias que nous méritons  » concluait-il alors sans détours.

Ce constat était alors énoncé dans un contexte de dénonciation d’une addiction toujours plus prégnante de la société envers la culture de l’émoi. Une dépendance émotionnelle à laquelle les organes de presse recourent pour mieux vendre de l’espace publicitaire.

Or, cette affirmation peut faire hurler, crier au poujadisme. Voilà qu’on s’en prend une nouvelle fois à l’image des médias pour les décrédibiliser en soulignant leur dépendance à l’argent. Ces insinuations populistes sont une honte pour une association d’éducation permanente qui devrait souligner, au contraire, l’impartialité et l’objectivité de notre presse démocratique…

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La politique peut-elle se passer d’être populaire ? Analyse de Corentin de Favereau

Publié le 25 janvier 2018 dans Analyses

L7 décembre 2017, Philippe Maystadt nous a quittés à la suite d’une maladie respiratoire incurable. Sage parmi les sages pour les uns, pédagogue hors-pair pour d’autres, homme de compromis et non de compromission pour les derniers, la mort du ministre d’État socio-chrétien aura laissé derrière elle un torrent de louanges faisant de lui l’incarnation de l’homme d’État.
Or, derrière ce portrait honorifique, les rétrospectives liées à ce décès ont également été l’occasion de souligner sa trop grande prudence tournant parfois à l’absence de ligne de conduite forte dans sa pratique de la politique. Ainsi, l’aile de gauche de son mouvement lui reprochera longtemps de s’être apparenté à la caution  » de gauche  » du gouvernement Martens-Gol. Plus réprobateurs encore, d’autres se demanderont carrément si on pouvait réellement le considérer comme un socio-chrétien. Brillant technicien intellectualisant à l’extrême la politique, il ne s’imposera donc jamais comme un leader charismatique dans son propre parti. Aussi, refusera-t-il la présidence du PSC que certains le poussaient à embrasser, tant cela ne correspondait pas à son tempérament…
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La question catalane: une mise en contexte politico – historique. Analyse de Jean-François Pontégnie

Publié le 14 décembre 2017 dans Analyses

Il n’est sans doute guère possible de comprendre la situation catalane actuelle si l’on ne l’insère pas dans la question constitutionnelle espagnole, elle-même héritière de la sortie du franquisme, telle qu’elle fut conduite, et largement mythifiée.
La présente analyse propose un retour sur le récit de la Transition démocratique et une approche des complications que génère la construction d’une nouvelle identité collective basée sur l’oubli, notamment quant à la façon d’aborder la question des nationalismes.
1923-1975
Après que la dictature de type mussolinien instaurée par le général Primo de Rivera entre 1923-1930 s’est écroulée et que les manifestations populaires ont forcé le roi Alphonse XIII à l’exil, la République espagnole est proclamée le 14 avril 1931. Dans un pays très inégalitaire et divisé, l’agitation sociale, souvent durement réprimée, est importante ce qui, avec l’accès au pouvoir du Front populaire en 1936, conduit les militaires à fomenter un coup d’État dont l’échec initial mène droit à la Guerre d’Espagne. Le 1er avril 1939, le général Franco qui a conduit les  » nationalistes  » dans le conflit contre les  » républicains  » annonce que la guerre est finie. La dictature franquiste s’installe durablement.
On estime aujourd’hui que  » la Guerre civile a fait environ 600.000 victimes en comptant les individus tombés au combat, les quelque 120.000 morts de civils durant la guerre, c’est-à-dire, les Espagnols tués derrière les lignes de front et les personnes tuées dans la répression de l’après-guerre « .
La sortie de la dictature, qui débute en 1975 à la mort de Franco, s’est trouvée largement mythifiée  » au détriment de modèles explicatifs plus complexes « . Christian Demange distingue quelques  » grands récits  » déclinés en différentes versions, selon les tendances des  » narrateurs « , de gauche, de droite, etc., mais qui, tous, préservent l’essentiel, à savoir le mythe selon lequel  » la Transition espagnole est idéale et exemplaire parce qu’elle est une transition négociée, graduelle et pacifique, qui repose sur des élites responsables, modérées et bienveillantes, engagées dans la démocratie. Elle se fonde sur un consensus politique qui a permis, entre autres choses, de sceller un pacte d’oubli pour faire table rase du passé […] et de regarder vers un avenir démocratique. Elle repose donc sur la réconciliation nationale, élément nécessaire à la conciliation politique, à la cogestion « .
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La question catalane entre nationalismes majoritaire et minoritaire – Analyse de Jean-François Pontégnie

Publié le 14 décembre 2017 dans Analyses

La question de la Catalogne nourrit une fièvre médiatique peu courante. On ne compte plus les articles de quotidiens ou d’hebdomadaires, les reportages télévisés ou radiophoniques, les cartes blanches, les opinions, les analyses… Dans ce tourbillon, il n’est guère facile de réfléchir et de se forger une conviction, même embryonnaire.
A quelques jours du scrutin catalan du 21 décembre 2017, la présente analyse entend présenter un changement de perspective qui, en considérant qu’il existe des  » nationalismes majoritaires  » et des  » nationalismes minoritaires « , peut permettre de mieux appréhender des situations telles que celle qui se présente en Espagne.
La guerre de 14-18 a marqué le début du processus de démantèlement des grands empires européens – austro-hongrois, allemand, russe, britannique, français ou ottoman. Le morcellement en États-Nations est un processus long, aux raisons multiples et complexes, au rang desquelles on notera, outre les deux guerres mondiales, la décolonisation et l’éclatement de l’URSS. En 2010, Stéphane Rosière, constatant la  » fragmentation de l’espace étatique « , consacrait un article à une  » réflexion sur l’augmentation du nombre des États « . Même si ces chiffres ne fournissent que des indications incomplètes, il relevait ainsi que  » la Société des Nations (SDN) comptait moins de cinquante États membres en 1920 […]  » et que si  » les Nations-Unies comptaient 51 membres lors de leur fondation en juin 1945, l’organisation avait connu une croissance spectaculaire du nombre de ses membres […]. Ainsi, l’organisation internationale comptait 158 membres en 1989 et atteignait les 185 membres en 1994 « , pour en enfin parvenir à 193 en 2011, les deux derniers États à l’avoir rejointe étant le Monténégro en 2006 et le Sud-Soudan en 2011.
1 La question catalane, si on veut bien prendre un peu de recul, ouvre de nombreux chantiers de réflexion. En cette fin d’année 2017, à quelques jours d’un scrutin qui s’annonce étrange à plus d’un titre et au moins parce que, pour l’heure, nombre de candidats sont en prison ou en exil, nous avons retenu deux axes d’analyse. Le premier est relatif au  » nationalisme  » et est développé dans cet article. Le second axe est plus spécifiquement centré sur l’Espagne, comme État-Nation, dans ses rapports tumultueux avec la Catalogne. Il renvoie à une autre analyse dont l’ambition s’est limitée à tenter de donner à apercevoir un contexte dans lequel la question des Droits Humains se pose de façon acérée… Son titre  » La question catalane : une mise en contexte politico-historique « .
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