Analyses

La question catalane: une mise en contexte politico – historique. Analyse de Jean-François Pontégnie

Publié le 14 décembre 2017 dans Analyses

Il n’est sans doute guère possible de comprendre la situation catalane actuelle si l’on ne l’insère pas dans la question constitutionnelle espagnole, elle-même héritière de la sortie du franquisme, telle qu’elle fut conduite, et largement mythifiée.
La présente analyse propose un retour sur le récit de la Transition démocratique et une approche des complications que génère la construction d’une nouvelle identité collective basée sur l’oubli, notamment quant à la façon d’aborder la question des nationalismes.
1923-1975
Après que la dictature de type mussolinien instaurée par le général Primo de Rivera entre 1923-1930 s’est écroulée et que les manifestations populaires ont forcé le roi Alphonse XIII à l’exil, la République espagnole est proclamée le 14 avril 1931. Dans un pays très inégalitaire et divisé, l’agitation sociale, souvent durement réprimée, est importante ce qui, avec l’accès au pouvoir du Front populaire en 1936, conduit les militaires à fomenter un coup d’État dont l’échec initial mène droit à la Guerre d’Espagne. Le 1er avril 1939, le général Franco qui a conduit les  » nationalistes  » dans le conflit contre les  » républicains  » annonce que la guerre est finie. La dictature franquiste s’installe durablement.
On estime aujourd’hui que  » la Guerre civile a fait environ 600.000 victimes en comptant les individus tombés au combat, les quelque 120.000 morts de civils durant la guerre, c’est-à-dire, les Espagnols tués derrière les lignes de front et les personnes tuées dans la répression de l’après-guerre « .
La sortie de la dictature, qui débute en 1975 à la mort de Franco, s’est trouvée largement mythifiée  » au détriment de modèles explicatifs plus complexes « . Christian Demange distingue quelques  » grands récits  » déclinés en différentes versions, selon les tendances des  » narrateurs « , de gauche, de droite, etc., mais qui, tous, préservent l’essentiel, à savoir le mythe selon lequel  » la Transition espagnole est idéale et exemplaire parce qu’elle est une transition négociée, graduelle et pacifique, qui repose sur des élites responsables, modérées et bienveillantes, engagées dans la démocratie. Elle se fonde sur un consensus politique qui a permis, entre autres choses, de sceller un pacte d’oubli pour faire table rase du passé […] et de regarder vers un avenir démocratique. Elle repose donc sur la réconciliation nationale, élément nécessaire à la conciliation politique, à la cogestion « .
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La question catalane entre nationalismes majoritaire et minoritaire – Analyse de Jean-François Pontégnie

Publié le 14 décembre 2017 dans Analyses

La question de la Catalogne nourrit une fièvre médiatique peu courante. On ne compte plus les articles de quotidiens ou d’hebdomadaires, les reportages télévisés ou radiophoniques, les cartes blanches, les opinions, les analyses… Dans ce tourbillon, il n’est guère facile de réfléchir et de se forger une conviction, même embryonnaire.
A quelques jours du scrutin catalan du 21 décembre 2017, la présente analyse entend présenter un changement de perspective qui, en considérant qu’il existe des  » nationalismes majoritaires  » et des  » nationalismes minoritaires « , peut permettre de mieux appréhender des situations telles que celle qui se présente en Espagne.
La guerre de 14-18 a marqué le début du processus de démantèlement des grands empires européens – austro-hongrois, allemand, russe, britannique, français ou ottoman. Le morcellement en États-Nations est un processus long, aux raisons multiples et complexes, au rang desquelles on notera, outre les deux guerres mondiales, la décolonisation et l’éclatement de l’URSS. En 2010, Stéphane Rosière, constatant la  » fragmentation de l’espace étatique « , consacrait un article à une  » réflexion sur l’augmentation du nombre des États « . Même si ces chiffres ne fournissent que des indications incomplètes, il relevait ainsi que  » la Société des Nations (SDN) comptait moins de cinquante États membres en 1920 […]  » et que si  » les Nations-Unies comptaient 51 membres lors de leur fondation en juin 1945, l’organisation avait connu une croissance spectaculaire du nombre de ses membres […]. Ainsi, l’organisation internationale comptait 158 membres en 1989 et atteignait les 185 membres en 1994 « , pour en enfin parvenir à 193 en 2011, les deux derniers États à l’avoir rejointe étant le Monténégro en 2006 et le Sud-Soudan en 2011.
1 La question catalane, si on veut bien prendre un peu de recul, ouvre de nombreux chantiers de réflexion. En cette fin d’année 2017, à quelques jours d’un scrutin qui s’annonce étrange à plus d’un titre et au moins parce que, pour l’heure, nombre de candidats sont en prison ou en exil, nous avons retenu deux axes d’analyse. Le premier est relatif au  » nationalisme  » et est développé dans cet article. Le second axe est plus spécifiquement centré sur l’Espagne, comme État-Nation, dans ses rapports tumultueux avec la Catalogne. Il renvoie à une autre analyse dont l’ambition s’est limitée à tenter de donner à apercevoir un contexte dans lequel la question des Droits Humains se pose de façon acérée… Son titre  » La question catalane : une mise en contexte politico-historique « .
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Aider les enfants à accepter et aimer leur corps. Analyse de Maïder Dechamps et Brigitte Laurent

Publié le 14 décembre 2017 dans Analyses

La question du rapport au corps est cruciale pour chacun·e d’entre nous. Pour les parents, la perception que les enfants peuvent avoir de leur corps et ce qui peut l’influencer est une préoccupation plus forte encore. Chris Paulis, docteur en anthropologie et sexologue à l’ULiège a analysé pour Plein Soleil comment aider les enfants à construire un rapport serein et bienveillant à leur corps tout en décodant des stéréotypes liés au corps dans la société moderne.
A travers les cultures et les époques, le corps est adulé ou méprisé, magnifié ou suspecté. Et quand  » on  » veut le dire (et ce  » on « , ce sont majoritairement des hommes), il soulève bien des passions. A la fois vulnérable et puissant, il est lieu de manipulations et de résistance, d’enjeux médicaux, culturels, esthétiques et éthiques importants.  » Face aux transformations qui l’affectent, qui nous touchent au plus intime de nous-mêmes et qui remettent en jeu notre identité, comment penser, habiter et vivre son corps ? Que signifie encore avoir et être un corps ? « i Un corps qui peut devenir enjeu de possession et de liberté. Au sujet de la période déterminante de l’enfance et de l’adolescence quand se construit notre rapport au corps, nous avons posé nos questions de  » parents  » à une anthropologue et sexologue qui n’a pas sa langue en poche, Chris Paulis…
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CETA, c’est à désespérer ? Nenni ! Analyse de Jacques Liesenborghs

Publié le 13 décembre 2017 dans Analyses

 » Le problème, pour nombre d’Européens, n’est pas que 1% de la population puisse bloquer 500 millions d’Européens. Mais que seulement 1% de la population européenne ait été autorisée à débattre sur cette importante question de cette façon approfondie et que leurs élus ne se soient jamais exprimés véritablement sur le sujet. « Médiapart, 26 octobre 2016
 » Tous wallons !  » qu’il titrait son édito, le directeur de l’OBS…. Rastreins, camarade : c’était le 25 octobre, juste avant la signature en catastrophe du pré-traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada. Un petit retour politique et médiatique sur quinze jours fous.
Derrière le  » super-héros  » de la presse, Paul Magnette, des milliers de manifestants, d’associations et de mouvements comme le nôtre, se sont mobilisé pour rejeter le CETA. (Photo Maïder Dechamps)
 » Le quart d’heure de gloire wallon « .Encore une citation d’un journaliste français. Peut-être celui-là sentait-il venir la mauvaise finale ? Assez de titres. La presse a sans conteste joué son rôle de caisse de résonance et même d’amplificateur. La presse étrangère (plus que la presse belge !) a fait de la résistance wallonne un combat titanesque et exemplaire. Le petit David wallon tient tête au froid et vilain Goliath européen. Mieux: il ose dénoncer les turpitudes de l’ultralibéralisme tapies derrière les discours feutrés des gentils canadiens. De bons ingrédients pour un beau récit.
Surtout que les principaux acteurs ajoutaient une pincée bien épicée à un plat déjà corsé ! Un fier héros : Paul Magnette. La  » gloire  » acquise en 24 heures. Il faut le faire! Un verbe brillant, le sens de la formule, un calme déterminé et souriant, quel talent ! Avec une langue acérée digne du chaud Raoul (Hedebouw du PTB) :  » Dommage que les pressions de l’UE sur ceux qui bloquent la lutte contre la fraude fiscale ne soient pas aussi intenses  » (tweet du 23/10). Du pain bénit pour les médias qui adorent personnaliser, réduire la complexité d’un combat collectif à la stature d’un chef. Bon à rappeler.
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Élections : séduction, émotion, abstention – analyse de Jacques Liesenborghs

Publié le 13 décembre 2017 dans Analyses

Avertissement : oui, je me lâche un peu et certain-e-s risquent de ne pas apprécier. C’est évidemment leur droit. Ouvrons donc le débat avec ce  » Macron, ce n’est pas du bidon ! « 
Les Françaises et les Français en avaient marre. Ras-le-bol. Basta, ça suffit ces magouilles, ces emplois fictifs, ces abus fiscaux, toutes ces promesses non tenues, un hyperprésident suivi d’un président trop normal. Nos voisins ont eu la possibilité de renvoyer sur leurs terres les partis traditionnels et leurs inamovibles élus. Une suite incroyable de  » bonnes  » surprises a ouvert une voie royale au jeune Emmanuel et à son encore plus jeune Mouvement. L’improbable est devenu réalité. Plus : un triomphe ! Chapeau.
Autre chose
Au-delà des énormes faiblesses de ses concurrents, il faut reconnaître à Macron du talent, un formidable sens de la mise en scène, une histoire personnelle qui ne laisse pas indifférent, une capacité à ne pas trop en dire, mais assez quand même pour donner envie de voir  » ce que ça donnerait si… « . Résultat des courses : cet appétit d’autre chose et un système électoral (à revoir) lui attribuent la Présidence de la République avec quelques longueurs d’avance et une majorité parlementaire quasi  » stalinienne « .
Au début de l’été, il n’était pas de bon ton de prendre ses distances, d’oser critiquer l’heureux élu.  » Il faut lui donner sa chance « , entendait-on.  » Tu as vu, il a réussi à embarquer Nicolas Hulot dans son périple ! « . De quoi faire oublier que, sur les questions cruciales du climat et de l’environnement, son programme était très lacunaire ?
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Pacte d’excellence: l’intérêt supérieur de l’enfant ? Analyse de Jacques Liesenborghs

Publié le 13 décembre 2017 dans Analyses

Pour la Ligue des familles et les organisations qui défendent les droits des enfants, le  » Pacte pour un enseignement d’excellence  » doit  » adopter comme boussole l’intérêt supérieur de l’enfant « . Tentative d’analyse de ce texte à l’intitulé pompeux.
Bastogne, un samedi pluvieux de mars 2017. Une quarantaine d’acteurs de l’école maternelle sont réunis à l’invitation du Ciep-MOC (Centre d’Information et d’Éducation Populaire du Mouvement Ouvrier Chrétien). Ateliers, table-ronde politique, échanges informels, rencontres. Une évidence : les travailleuses du maternel ne parlent pas la même langue que les rédacteurs du Pacte.
Et pourtant. Le niveau maternel est l’enfant gâté du Pacte : 1.100 emplois promis en 3 ans, 15 balises pour un nouveau référentiel, obligation de fréquentation scolaire dès 5 ans. Oui, mais les institutrices sont avant tout attachées à leur autonomie, à développer la créativité des enfants, à respecter l’enfance, à installer la confiance en soi. Elles en ont marre des contrôles tatillons ( » toujours plus de papiers « ), des pressions de certains parents et de l’école primaire. Elles craignent donc un référentiel (programme) contraignant. Enfin, elles ignorent tout du texte du Pacte : un texte de 320 pages, résultat de deux années de travail d’experts universitaires, de délégués des Pouvoirs organisateurs (PO), des syndicats, des associations de parents, autoproclamés  » acteurs  » de l’enseignement. Un texte rédigé dans une langue nouvelle qui mélange les sabirs du management, des technocrates, de l’université… avec un tout petit peu de pédagogie…
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