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Mutiler pour mieux contrôler

Publié le 10 avril 2007 dans Prises de position

Rien que d’y penser, on a mal ! Mal avec toutes ces petites filles et toutes ces femmes victimes de mutilations sexuelles.

En Afrique, au Moyen Orient et en Asie, elles sont trois millions selon l’Unicef à les subir chaque année. Au total, ce sont 130 millions de femmes qui sont concernées.

Ces véritables tortures ont des conséquences préoccupantes sur la santé et l’équilibre psychologique. Douleur atroce et infections lors des mutilations, complications lors des grossesses et des accouchements entraînant une mortalité importante.

De tout temps, on s’est attaqué au corps. Mais c’est surtout celui des femmes qui a été mutilé. La coutume des petits pieds faisaient ressembler les Chinoises à des « hirondelles volantes » mais à quel prix ! Les os broyés par des années de bandages faisaient place à un moignon… considéré comme un élément de séduction ! Dans son très beau livre « L’aventure des femmes » que nous vous présentons en p. 23, Florence Montreynaud écrit : « Comme le dit la sagesse chinoise, les pieds sont bandés non pour les rendre beaux comme l’arc courbé mais pour retenir les femmes quand elles sortent de la maison. »

Autres lieux, autre époque : les cous allongés des « femmes girafes » thaïes ou birmanes et les lèvres distendues des « femmes à plateau » en Ethiopie. Certaines féministes dénoncent l’usage du corset dans nos pays. Moins douloureux sans doute, il entravait pourtant dangereusement la digestion et la respiration et occasionnait des déplacements de côtes.

Les raisons invoquées aux pratiques traditionnelles sont multiples. Tantôt il s’agit d’arguments religieux, tantôt d’arguments moraux auxquels s’ajoutent parfois l’hygiène, le maintien de la fertilité ou la beauté.

Les mutilations sexuelles constituent une atteinte gravissime aux droits fondamentaux. Elles sont heureusement combattues tant dans les pays concernés que par la communauté internationale. En 2006, 16 pays africains les ont interdites. L’ACRF a interpellé à ce sujet le ministre de l’égalité des chances, Christian Dupont, les ministres de la santé Rudy Demotte et Christiane Vienne ainsi que le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso.

Mais la répression ne suffit pas. Un travail de conscientisation avec les femmes est indispensable. Il faut y associer les chefs religieux musulmans puisque une des justifications est d’ordre religieux. Ils pourront ainsi confirmer que de telles pratiques ne figurent pas dans l’islam. Le Mali et le Sénégal ont entrepris la reconversion des exciseuses : elles rendent leurs couteaux et sont soutenues dans le démarrage d’une activité commerciale ou artisanale.

Les pays occidentaux se sont retrouvés confrontés au phénomène avec l’arrivée de travailleurs, beaucoup ont pris des mesures pour l’interdire comme la France et la Belgique par exemple. Dès 1993, le Canada est le premier pays à avoir accordé le statut de réfugiées aux femmes victimes de persécutions sexistes. Un travail de sensibilisation est mené avec les familles africaines établies chez nous notamment par le Gam qui regroupe des hommes et des femmes favorables à l’abolition des mutilations sexuelles féminines.

C’est en fin de compte le niveau de vie et d’instruction qu’il faut s’employer à relever. 2/3 des analphabètes dans le monde sont des femmes. Plus elles seront éduquées, explique Florence Montreynaud, plus elles prendront conscience de la nécessité de faire respecter leur intégrité physique et reconnaître leur droit au plaisir.

Anne Vanhese, Libre Propos, Plein Soleil, avril 2007